Histoire coloniale

  

Arrivée des premiers « habitants »

 Débarquement de Christophe Colomb

C'est au cours de son second voyage en "Amérique" que Christophe Colomb atteindra l'île de Saint-Martin. Du 11 au 18 novembre 1493, il croise sans jamais s'arrêter devant toute une suite d'îles qu'il baptise en hâte Santa Maria de Montserrat, Santa Maria Redonda, Santa Maria de la Antigua. Défile ensuite l'archipel des Ilots de San Cristobal à San Martin. Inhabitée, l'île fut sans doute visitée très tôt par les flibustiers et les boucaniers qui hantaient la Caraïbe. En avril 1627, un navire hollandais, croisant à proximité de Saint-Martin, constate l'existence de dépôts naturels de sel. En Décembre 1629, une reconnaissance de l'île est effectuée par un équipage batave. Il se pourrait alors que les marins aient rencontré quelques familles françaises, sans doute venues de Saint-Christophe et établies sur la côte Nord-est de l'île où elles se livrent à la culture discrète du tabac.  

 

Le partage de l’île entre Hollandais et Français

 

Carte de Saint Christophe En juillet 1631, une armada hollandaise mouille devant Saint-Martin et débarque une trentaine d'hommes et quatre pièces d'artillerie. Les hollandais édifient alors un fort à l'actuel emplacement du fort Amsterdam. Les Espagnols, bien décidés à reconquérir leur hégémonie, débarquent en 1638 un fort contingent de troupes et se rendent maîtres de l'île de Saint-Martin après un siège assez long du fort hollandais. Mais la garnison dépendait d'un ravitaillement extérieur, et très vite, l'ennui, la malnutrition, la misère s'emparent des hommes. Les espagnols évacuèrent l'île après avoir détruit et brûlé tous les bâtiments "afin qu'il ne prit envie à aucune nation de s'y établir".

Château de Longvilliers de Poincy

 

Instruit le premier de l'évacuation espagnole, le gouverneur hollandais de Saint-Eustache délivra, le 14 février 1648, au capitaine-major Martin Thomas une commission qui l'autorisait à prendre possession, au nom de la Hollande, de l'île de Saint-Martin, pour et comme  gouverneur, la régir et la commander. A Saint-Christophe, M. De Poincy envoya, pour s’établir dans l’île, une trentaine d’hommes commandés par M. De la Tour mais les hollandais refusèrent de les y admettre. M. De Poincy se détermina alors à envoyer 300 hommes à Saint-Christophe, auquel il donna, le 16 Mars 1648, un ordre ainsi conçu :

 

« Le chevalier De Lonvilliers Poincy, de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, commandeur d'Oyzemont Coulours, chef d'escadre des vaisseaux du roi de Bre1 et lieutenant général pour Sa Majesté ez îles de l'Amérique ayant  eu avis certains que les Espagnols qui possédaient l’île de Saint-Martin l’ont quitté, ordonnons au sieur De Lonvilliers, notre neveu, à qui nous avons donné commission, en qualité de gouverneur, d’aller reprendre possession de ladite île pour conserver l’intérêt du Roi, tel que Sa Majesté l'avait dit lorsque lesdits Espagnols prirent le fort construit par les hollandais et parce que nous sommes assurés que quelques Hollandais ou Zélandais se sont jetés dans ladite l’île, sous prétexte de quelques prétentions qui s’expliqueront par Sa Majesté et son conseil avec Messieurs des Etats des Provinces-Unies, et suivant ce qui en sera résolu par lesdites puissances, le tout sera effectué conformément à leurs volontés. Nous défendons audit sieur De Lonvilliers de les attaquer ni faire attaquer, ainsi les laisser libres ; mais si les susdits Hollandais ou Zélandais entreprenaient de faire acte d'hostilité, soit en leur refusant le débarquement dans ladite île, ou autre acte de guerre, en ce cas ledit sieur De Lonvilliers repoussera leurs mauvaises intentions par la force. En foi de quoi, nous avons signé les présentes de notre main, à icelle fait apposer le cachet de nos armes et contresigner par notre secrétaire, en notre hôtel de la Grande-Montagne de Basse-Terre, en l'île de Saint Christophe, ce 16 mars 1648. »

 Signé: Le Chevalier De POINCY"

 Le 17 mars 1648, M. De Lonvilliers débarqua à Saint-Martin sans rencontrer aucune opposition. Le 23 mars 1648, hollandais et français s'assemblèrent sur une montagne où ils conclurent et signèrent une convention. Cette montagne porte encore aujourd'hui le nom de "Mont des Accords".

 

 Le Fort Louis à Marigot

Conflits lointains et déchirement locaux.

 

 

Le Chevalier Descoudrelles, commandant de Saint Martin entre 1763 et 1784

Durant un siècle et demi, les conflits européens ont des répercussions suffisamment importantes pour bouleverser l'existence quotidienne des premiers habitants de Saint-Martin. Chaque conflit remet en cause un équilibre précaire, chaque traité est un  marchandage. 150 ans de tiraillements entraîneront ruines et misère, retard de l'essor de l'île et conduiront à de grands brassages de population. Il faut attendre la chute du Premier Empire pour que la paix revienne définitivement à Saint-Martin. Le traité de Vienne confirme la souveraineté de la France sur l'île de Saint-Martin.

 

 

 

 

 L'agriculture de plantation

 

L'agriculture des premiers colons blancs est une agriculture vivrière dont la finalité est la subsistance dans cette phase d'installation, le mode de production des amérindiens sert de modèle. Il s'agit dans les deux cas d'une agriculture itinérante sur brûlis. Seul l'outil diffère ; là où les indiens utilisaient la hache de pierre et le bâton à fouir, l'européen utilise la hache de fer et la houe. Manioc, patates et ignames constitueront la base de l'alimentation.

 

Le cycle du tabac

 

Plantation de tabac 

 

Jusqu'au milieu du XVIIe siècle, la grande affaire des îles antillaises fut la récolte des feuilles de tabac: "c'est à la culture de cette plante que l'on est redevable de l'établissement de nos colonies" décrivait le Père Labat. Mais la surproduction, l'effondrement des prix et les droits prohibitifs dont l'Etat frappa le tabac, qui devient monopole d'Etat en 1674, achevèrent de ruiner cette première industrie.

 

 

 

 

Le cycle de l'Indigo

 

 Le tabac s'efface progressivement et est remplacé par 'le jardin de l'indigo", une demande importante de cette plante tinctoriale se manifestant en France. Bottelé comme du foin, l'indigo était transporté avec précaution jusqu'au "moulin à indigo". L'indigoterie est constituée de trois cuves juxtaposées et dénivelées les unes par rapport aux autres : la trempoire, la batterie et le diablotin. L'indigo était entreposé dans des magasins où on le gardait en barils ou en caisses, découpé  en petits cubes à l'aide d'un couteau de bois. Culture et fabrication indigotières étaient exposées à de multiples aléas : les périodes de sécheresse trop longues ou les années trop pluvieuses, les parasites. Le recensement de 1686 mentionne vingt sept indigoteries à Saint-Martin. Onze années plus tard, en 1697, il Y en a encore vingt. Les guerres avec les anglais et les mouvements de population qui les accompagnent achèvent de désorganiser cette petite industrie.

 Indigoterie

 

 

 

 

 

Le cycle du coton Une plantation de canne à sucre

 

 

Vers la fin du XVIIe siècle, et au début du XVIIIe siècle, l'industrie textile européenne découvre une matière première venue d'outre-mer  et susceptible de remplacer la laine et le lin: le coton. Le coton devint la seule culture commerciale de la première moitié du XVIIIe siècle et évita sans doute que l'île ne retournât à son isolement. Ces "cotonnières" persisteront même après l'essor des plantations de canne à sucre.

 

 

 

Travail des esclaves dans les champs

Le Cycle du sucre

 A Saint-Martin, la canne à sucre fut la grande richesse du dernier tiers du XVIIIe siècle et de la première moitié du XIXe. A cette époque arrivèrent dans l'île des colons possédant des esclaves car contrairement au coton, l'économie sucrière nécessite une abondante main-d’œuvre pour les travaux des champs et pour le fonctionnement de la sucrerie comme cela transparait bien dans la relation que nous fait le R. P. Jean-Baptiste Labat:

 "Lorsque le moment est venu de la récolte, on dispose en frontière du champ, un rang de nègres munis de serpes et ils avancent en ligne en disposant derrière eux les cannes coupées en deux ou trois morceaux. Ces derniers sont ramassés et liés en paquets qui sont chargés à leur tour sur des charrettes qui les portent aux moulins. Ceux-ci servent à broyer la canne pour en extraire le suc. Ils sont mus soit par l'eau, le vent ou les bœufs.

 

La sucrerie proprement dite est une grande salle située à côté du moulin. C'est là où sont attachées les chaudières dans lesquelles on reçoit, on purifie et on réduit en sucre le suc de canne. Les chaudières au nombre de cinq ou six sont en cuivre rouge et sont chauffées  avec le bois ou avec les feuilles des cannes abattues. Chacune d'elle a son nom suivant sa fonction. Il y a la grande, la propre, la lessive, le flambeau, le sirop et la batterie.

A chaque passage le suc, grâce à la chaux, la lessive et la cendre, s'épure peu à peu et blanchit. Il y a également d'autres ustensiles, par exemple le rafraîchissoir, le bec de corbin, l'écumoire, les couteaux à sucre, les louchers... Lorsque le sucre est complètement épuré, on le met dans des formes qui contiennent, après écumage, environ vingt à vingt deux livres ... On tire également de l'eau-de-vie des cannes, appelée par les indigènes "Guildive" et par les nègres "Tafia". Elle est obtenue par distillation et l'esprit qui en sort est fort et très violent".

 François Auguste Perrinon

Victor Schoelcher L'économie sucrière, exigeante en main d'œuvre servile va provoquer une profonde modification dans la composition de la population. L'arrivée de nouveaux colons blancs accompagnés de nombreux esclaves noirs, indispensables pour la plantation, accroît brutalement le déséquilibre ethnique. La révolution française et la reprise de conflits avec les anglais se répercutèrent dans l'île et se traduisirent par une diminution de la surface cultivée en canne à sucre comme en coton et par une baisse de 5 % de la population qui passe de 3121 personnes en 1786 à 2973 en 1796. Malgré un redressement certain coïncidant avec la chute de l'empire et la fin du blocus, l'industrie sucrière entre dans une phase irréversible de déclin à partir de 1820. En 1848, l'abolition de l'esclavage désorganise les habitations.  Mal équipées, ne disposant que de l'énergie animale pour entraîner les moulins, les sucreries de Saint-Martin ne pourront pas résister à la concurrence des grands complexes agro-industriels qui se mettaient en place dans les grandes îles de la Caraïbe. Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, les sucreries de Saint-Martin fermeront leurs portes les unes après les autres. La dernière cessera toute activité en 1895.

 

La saline

 

Saline de Great Bay - 1930 C'est la présence du grand étang de Groote zoutpan qui détern1ina l'occupation de l'île de Saint-Martin par les hollandais en 1631. La grande saline hollandaise fut rapidement aménagée et conformément à l'article 5 de l'Accord de 1648, les habitants de la partie française avaient le droit d'y ramasser du sel "pour subvenir à la nécessité". L'exploitation commerciale était réservée aux seuls hollandais et ceux-ci en tiraient une très grande richesse. Il faudra attendre le XIXe siècle pour que les premières tentatives d'exploitation rationnelle des étangs de la zone française soient réalisées. La saline de Grand’ case est la plus grande avec 46 hectares en chauffoir ou partennements et 12 hectares en cristallisoirs ou tables saumantes. La saline d'Orléans s'étend sur 25 hectares et sa profondeur moyenne est de 1,6 mètres. Enfin, la saline de Chevrise est la plus modeste avec 14 hectares en partennements ou chauffoirs et 4 hectares en tables saumantes ou cristallisoirs.

 

L'extraction du sel durera un siècle environ. Elle sera source de grande richesse pour le concessionnaire. Pour l'ouvrier saunier, le travail est très dur: le sel ronge la chair; très vite, les Saint-Martinois abandonneront la saline, préférant s'adonner à d'autres activités ou s'expatrier. En 1961, la dernière saline à fonctionner est celle de Grand’ case et 3500 tonnes de sel sont produites chaque année. Sur une quarantaine de Le broyeur à sel à Grand Case sauniers, une trentaine sont originaires d'Anguille. Une tentative de modernisation et de mécanisation de la saline fut entreprise par le dernier concessionnaire exploitant de la saline de Grand’ case, mais la non rentabilité de l'opération conduisit à l'abandon de cette activité.

 

 

 

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